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De l'ailleurs topographique et humaniste aux étrangetés narratives et génériques : Forster entre Meredith et le nouveau roman
Laurent Melletsubject
[SHS.LITT] Humanities and Social Sciences/LiteratureétrangerE. M. Forster[SHS.LITT]Humanities and Social Sciences/LiteratureGeorge Meredithnouveau roman[ SHS.LITT ] Humanities and Social Sciences/LiteratureAndré Gideétrangedescription
L'œuvre romanesque de Forster se définit avec une acuité particulière à travers les confluences sémantiques de l'étrange et de l'étranger. Un premier repérage des logiques géographiques et humanistes de ces concepts pour Forster, de Where Angels Fear to Tread à Maurice, permettra de mettre au jour leurs caractéristiques et leur rôle majeur au sein de l'intrigue forstérienne ainsi que dans la construction idéologique des personnages. Mais c'est dans A Passage to India, point d'orgue de cet œuvre autant que contrepoint à une écriture jusqu'alors moins audacieuse, que cette double dimension romanesque prend tout son sens. L'étrangeté du lieu indien conduit cette écriture vers de nouveaux topoï, tel celui de l'anthropomorphisme. Le roman multiplie les passages aux accents surnaturels dans une ouverture au visuel alors assez inédite pour Forster, tout en évoquant singulièrement bien des aspects de l'inquiétante étrangeté freudienne. Les stratégies d'écriture de ce dernier opus conjuguent à leur tour les notions d'étrange et d'étranger selon une nouvelle maïeutique, celle du réseau et de l'écart : en montrant à quel point l'étrangeté inaltérable de l'étranger est d'emblée mise à l'écart et circonscrite par cette écriture, il s'agira de souligner comment ces dernières étrangetés narratives et textuelles peuvent se concevoir comme la conclusion la plus appropriée aux ambivalences génériques à l'œuvre dès les premiers romans. Qu'il s'agisse en effet des oscillations de ces premiers textes entre victorianisme et littérature édouardienne, ou de leur rapport conflictuel au réalisme et de leur préfiguration ponctuelle de l'écriture moderniste, ces romans refusent l'étiquette qu'on leur appose si souvent autant qu'ils jouent avec les attentes confortables du lecteur des années 1910, et c'est pourquoi l'étrangeté de la narration forstérienne sera ici interrogée. C'est bien d' « étrange » que peut encore être qualifiée l'hésitation gênée de la critique, depuis celle, fondatrice, de Woolf (qui lisait l'œuvre de Forster comme bloquée par son impossible équilibre entre réalisme et symbolisme), jusqu'aux directions les plus contemporaines de cette critique (lectures post-coloniale, moderniste, ou queer). Tout aussi étrange est finalement le positionnement de l'auteur et de l'œuvre entre leurs influences et leurs échos. En amont, la relation ambiguë de Forster à l'œuvre de George Meredith, et à sa conception spécifique du personnage et de l'événement romanesques — en aval, la façon surprenante qu'a Forster d'annoncer certaines dimensions de l'esthétique d'André Gide ou, de manière encore plus inattendue, du nouveau roman français. Autour des notions de temps mort et de tache aveugle, les bouleversements de l'écriture du personnage et de l'intrigue dans A Passage to India renvoient à l'instabilité mais aussi à la richesse génériques de l'ensemble de son œuvre romanesque. Peut-être y a-t-il dans cette étrange double filiation, qu'il s'agira d'expliciter, une des clés de l'étrangeté de l'autre et de l'ailleurs au cœur de cette écriture faussement transparente puisque toujours secrète.
| year | journal | country | edition | language |
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| 2010-01-01 |